LA COMPAGNIE
ARNAUD ANCKAERT

Apprendre

J'ai un nom à consonance Belge mais je suis né en France près de Paris, le 17 février 1975.

Très vite, mes parents viennent s'installer à Armentières, puis ce sera Roubaix dans le nord de la France.

J'ai une scolarité difficile car l'école n'est pas un cadre pour moi, je change souvent d'établissement.

Au lycée je fais le mur pour aller d'abord aux cours d'arts plastiques, et puis dans les théâtres et les cafés la nuit.

Je commence le théâtre au lycée le jour de la mort de Kantor, j'ai beaucoup cherché un maître...

Ça a été une fascination pour Grotowski, quelques échanges violents avec Eugenio Barba, mais surtout un groupe de copains qui font du théâtre et dont je suis le metteur en scène.

Toujours dans le désir d'apprendre, je pars pour trois ans à Bruxelles chez Lassaad, le Lecoq Belge.

Je découvre le Mouvement.

 

Je décide ensuite de faire le tour du monde -rien que ça- pour découvrir des façons de travailler, finalement ce sera le tour d'Europe pendant un an avec un camion acheté à crédit.

Je découvre une autre Géographie.

En Suisse je rencontre Armand Gatti, maître Anarchiste, avec qui je participe au spectacle Incertitudes, feuille de brouillon écrit dans la tempête pour dire Jean Cavaillès.

Je découvre la poésie et la résistance.

 

En revenant de Norvège fin 99, je me fixe dans le Nord, et monte plusieurs spectacles.

Comme il me manque quelque chose pour me sentir un peu plus « metteur en scène », je passe un concours et suis reçu en 2005 à l’unité Nomade de formation à la mise en scène au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris.

J'apprends dans l'adversité, d'abord avec Claude Stratz qui voulait le mieux pour nous, mais qui décèdera avant la fin de la formation. Puis, après les passages violents de Kama Ginkas à Moscou et l'assistanat de Matthias Langhoff, je fais un dernier stage avec Jean-Pierre Vincent et Bernard Chartreux qui transmettent leur vision du théâtre public.

J'approfondis le texte.

 

Une compagnie

Je crée la Compagnie Théâtre du prisme en 1998 à Villeneuve d'Ascq avec Capucine Lange.

J’affirme dès le début un goût pour les écritures contemporaines, telles que celles de Calaferte, Charles Juliet, Daniil Harms ou Kroetz. Je monte au Grand Bleu à Lille (alors Centre Dramatique pour la Jeunesse) Un cahier bleu dans la neige, d'après Daniil Harms. Les thématiques se précisent, celles de la chute et de la responsabilité, un certain humour politico-absurde, un goût pour l’écriture, pour les biographies et le dialogue incertain entre l’art et la vie.

Je cherche des moments qui nous rendent plus intensément humains, je suis souvent énervé devant l'état du monde. C'est pour cela que je fais du théâtre. Pour dire, émouvoir, penser et partager.

 

Travailler avec les acteurs

Ce qui m’intéresse principalement, c'est que l'interprète soit au cœur du spectacle, et que la relation qu'il entretient avec le public soit privilégiée. Ce que je recherche, c'est que la fabrication du théâtre soit invisible et concrète.

Avec mes spectacles, je fais une expérience avec les acteurs, et je me sens responsable de la réalité de ce qui est mis en jeu.

Je recherche une relation de proximité avec le public, un goût du théâtre singulier et un rapport d’expérience suffisamment puissante pour laisser un souvenir aussi fort qu’un moment d’intimité.

Il s’agit pour moi de rendre le spectateur actif, vivant, participant à la représentation au même titre que l’acteur mais à une place différente. C’est dans cette optique que je suis très attentif au processus émotionnel de l’acteur, au développement de la  pensée et au déterminisme.

 

Découvrir les écritures

J’aime les écritures inédites, et, suite au spectacle Pulsion, de Franz-Xaver Kroetz, c'est Disco Pigs d'Enda Walsh en 2004, qui confirme une singularité, à savoir celle d'un metteur en scène qui découvre des autrices et des auteurs.

Disco Pigs est un spectacle sur la violence de l’adolescence, je mets en scène le texte avec un agrès de cirque, du mouvement, de la musique et je collabore avec le musicien Benjamin Collier.

 

L’intime, l’enfermement, le politique

En 2006, j’entame un volet sur la famille avec La Ménagerie, d'après Tennessee Williams, et des textes de l’antipsychiatre Ronald Laing, que nous présentons à la Scène nationale la rose des vents, à la ferme du Buisson et au Théâtre National de Strasbourg.

En 2007/8 je mets en scène et je conçois avec la compagnie Un loup pour l’homme Appris par corps, un spectacle qui a marqué le cirque contemporain, 7 ans de tournée dans le monde. Découverte du risque et des limites, retour au mouvement et à la physicalité. Ce spectacle me fait profondément réfléchir sur le sens de l’engagement et la souffrance corporelle.

 

Après une commande du CDN de Béthune pour des communes rurales du Pas-de-Calais, j’explore le répertoire classique contemporain d’Eugène Ionesco - Les Chaises et Ha la la -, je poursuis ce cycle et ce fil sur la famille avec Ma/Ma en 2009, un duo dansé qui met au cœur la question de la filiation. Avec ce spectacle je touche aux limites de l’interprétation et de l’intime. Il ne s’agit plus de prendre un texte mais de se servir du réel et de la biographie des interprètes comme matière et sujet.

 

J’entame un nouveau cycle en passant des commandes de traduction de textes de dramaturge étrangers, notamment anglo-saxons, pour les mettre en scène pour la première fois en France. J’affirme cette démarche de dénicheur, de découvreur des nouvelles écritures. Nous commençons une longue collaboration avec la traductrice Séverine Magois.

J’approfondis la thématique de la famille en 2011 avec Orphelins, de Dennis Kelly, texte que je fais traduire après l’avoir découvert en anglais, et que je suis le premier à créer en France. Ce spectacle explore le racisme dans une forme de thriller familial.

Je travaille également sur la mise en scène de Débris de Dennis Kelly avec deux comédiens en situation de handicap,

issus de la compagnie de l’Oiseau Mouche à Roubaix. Débris est aussi un récit familial de deux adolescents, dans la lignée

de Disco Pigs.

 

Penser l’espace

Depuis toujours j’ai le goût pour l’espace, je décide d’affirmer ma démarche sur ce point. Je fais les plans, les maquettes, je dialogue avec le régisseur général et je suis la réalisation de ce projet pas à pas. Je considère notre métier comme de l’artisanat. Non pas un artisanat passéiste mais un artisanat du XXIe siècle qui met au centre l’humain et la proximité dans une dynamique d’ouverture.

Je poursuis cette démarche avec Sœur de en 2012, de l'autrice néerlandaise Lot Vekemans. Un long récit qui fait entendre l’histoire familiale d’Antigone par les yeux de sa sœur Ismène. Le spectacle utilise la vidéo comme source de lumière et creuse la notion de fantôme.

 

Confirmer la démarche

Je commande la traduction du texte Constellations, de Nick Payne, à la dramaturgie singulière -un système de variations quasi musicales- afin de faire à nouveau découvrir au public en première française le texte d'un jeune auteur anglais. Je signe une nouvelle fois la mise en scène et la scénographie, et je poursuis ma collaboration avec Séverine Magois.

 

Nous créons Comment va le monde ?, une conférence-spectacle à mi-chemin entre le road movie et le témoignage personnel, qui retrace notre voyage européen à la rencontre de compagnies.

J’ai envie de me retourner sur le trajet parcouru et de monter sur un plateau pour raconter les années de formation, comment on apprend, comment se déplacer ? Interroger ce voyage que nous avions fait en 1999, la notion de mobilité et de diversité, d’Europe, comment traverser les frontières, oser aller vers son rêve ?

Je m’intéresse au récit, à la narration, à l’adresse au public.

 

En 2015, je mets en scène un spectacle jeune public, de Robert Evans, Simon la Gadouille. Un récit bouleversant qui a trouvé des résonances fortes dans mon histoire personnelle, celles de la chute et de la réconciliation, l'exploration des souvenirs d’enfance. Je signe la scénographie, ce spectacle est créé en collaboration avec le musicien Benjamin Delvalle.

 

En 2016, je découvre le texte de la jeune autrice anglaise Alice Birch, lauréate du George Divine, jouée au Royal Court de Londres et à la Schaubühne : Revolt. She said. Revolt again. Nous le faisons traduire pour le créer en première française à La Comédie de Béthune. C'est une pièce mosaïque, un manifeste féministe sur les femmes et les hommes du XXIe siècle. Une tentative révolutionnaire face à l'incompréhension du monde. Je signe la scénographie, Benjamin Collier la musique, c’est une sorte de cabaret qui se déconstruit, à mesure que nous déconstruisons les rapports de domination homme femme.

 

En 2017, je crée Séisme, de Duncan Macmillan, traduit par Séverine Magois, pour une première création française. Le texte, longue conversation d’un couple qui se questionne sur le fait d’avoir un enfant dans le monde contemporain, est remarquablement construit, car à travers une succession d’ellipses, nous assistons à toute leur histoire dans un langage simple et stimulant pour l’imagination du spectateur. Je signe aussi la scénographie.

 

Aujourd’hui et demain

Depuis 2016  j’ai entamé une recherche autour du répertoire et de Shakespeare, la fréquentation des auteurs anglo-saxons m’a organiquement poussé vers cet auteur : je vais mettre en scène en 2019 Mesure pour mesure, que je souhaite adapter et pousser vers la dystopie. J’ai l’envie de faire évoluer ma démarche, riche de toutes ces expériences, de travailler avec une plus grande distribution, de collaborer avec le scénographe Allemand Johannes Schütz et de rassembler des collaborateurs autour de ce projet.

Je continue évidemment à chercher des formes mobiles, ainsi je monterai avec un proche collaborateur Toutes les choses géniales, du même auteur que Séisme, Duncan Macmillan qui est un récit familial et participatif.

Arnaud Anckaert et Capucine Lange

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